Pour ces historiens tentant d’inscrire la peinture murale romaine uniquement dans un cadre social et économique gouverné par le « luxe », la signification du terme semble devenir plus souple, comme avec l’étude de l’Antiquité en général. Par exemple, non seulement ce terme est utilisé pour caractériser les aspirations et les valeurs d’une seule famille, mais il est également employé, de façon plus globale, pour mettre en évidence le comportement xénophobe entre les nations, devenu le catalyseur des actes d’agression menant à une éventuelle conquête. Le programme de télévision Lost Worlds – Persepolis (Discovery Communications Inc., diffusion le 24 février 2009) souligne la haine des Grecs envers les Perses « décadents » et portés sur le « luxe » dans son portrait de la destruction de Persépolis par Alexandre. Afin d’illustrer ce fait, le narrateur visite un marché iranien contemporain pour montrer au spectateur le type de marchandises de luxe que les Perses convoitaient. Bien que peu convaincants, des tissus synthétiques modernes et tapageurs sont choisis pour représenter les produits de luxe révélateurs du désir hédoniste perse. Une reconstitution dramatisée de la destruction de Persépolis par les troupes d’Alexandre suit cette séquence et, alors qu’un incendie ravage la ville, une voix off informe le spectateur que les Macédoniens grecs étaient engagés dans la destruction, non seulement d’une des plus belles merveilles architecturales du monde, mais également d’un des plus grands centres culturels ayant accueilli le meilleur des arts, de la musique, de la littérature et de l’érudition. Lors des guerres entre Grecs et Romains, les rôles sont inversés et le luxe grec est la principale motivation des Romains « pieux » pour faire la guerre. Ironiquement, la conquête a également causé la chute de l’Empire romain corrompu et décadent tout comme la civilisation grecque qu’il a vaincue (et pillée).

Luxe, culture et conflit

Le mélange de luxe et de culture, le principal argument des spécialistes en histoire sociale dans leur tentative d’attribuer une position sociale à la peinture murale située dans les intérieurs privés, transformait invariablement la consommation culturelle en une recherche pernicieuse. Les preuves de cette combinaison trouvent principalement leur origine dans des textes antiques controversés portant sur le luxe et la culture, dont la plupart sont critiques sur le fond et moralisateurs dans le ton. Malgré les intérêts personnels qui les sous-tendent, ces textes ont néanmoins influencé les conceptions actuelles de la société romaine antique, probablement sur la base de l’adage « Il n’y a pas de fumée sans feu ». Personne ne devrait trop se surprendre de la place occupée par la terre, la famille et la propriété, au cœur des accusations sur la poursuite déplacée du luxe. Après tout, ces notions sont celles qui définissent à présent l’identité romaine, contrairement à la perfection physique et mentale qui symbolisaient la culture grecque à son apogée. Au cœur du modèle romain se trouvaient les tribus italiques qui, constituées au départ de groupes d’agriculteurs-guerriers, ont réussi à former la nation la plus puissante sur terre, et ce, dans un laps de temps extrêmement court. Par conséquent, leur attachement à la terre ancestrale et à la propriété était resté très ancré. Il n’est donc pas étonnant que la terre, la famille et la propriété fussent des éléments centraux dans les débats houleux portant sur la façon dont l’opulence a transformé ces tribus d’agriculteurs, à l’origine un groupe de producteurs, en une nation de consommateurs culturels. Les traditionalistes républicains ont associé cette transition à un déclin des valeurs morales et, dans les débats polémiques, rejettent la faute sur la consommation ostentatoire de produits de luxe.

 

La peinture murale et la maison en tant que palais
Alexander mosaic
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Mosaïque (détail) représentant la bataille entre Alexandre et le roi perse Darius, située à l’origine dans la Casa del Fauno de Pompéi, avant d’être déplacée dans le Musée archéologique de Naples.