La signification des tholoi et des naïskoi

Comme Gilbert-Charles Picard l’a signalé, les peintures murales romaines représentant des fausses-portes étaient un concept générique et ne requérait donc pas la présence obligatoire d’une porte. Ainsi, le motif d’une barrière derrière laquelle se dressait un sanctuaire ou un objet commémoratif, tel qu’une tholos ou un piédestal surmonté d’une statue ou d’une urne suffisait à suggérer la présence d’une porte. Une composition typique de tholos apparaît dans les peintures murales dans l’oecus corinthius de la casa del Labirinto, discutée précédemment lorsque nous avons abordé le thème des jardins paradisiaques et de la Maison en tant que sanctuaire (fig. 1). Les compositions reflétées sur les murs latéraux de cette pièce sont un exemple frappant de la juxtaposition classique de motifs de barrières associés au concept de fausse-porte sans pour autant représenter de porte. Ces peintures représentent des entrées murées ou fermées derrière lesquelles se dressent des tholoi funéraires ou commémoratives. Picard associait cette image avec « le tombeau de l’ancêtre héroïsé protecteur de la famille » (Picard, 1968, p. 97). Cette association est renforcée par les imagines clipeatae (médaillons représentant le visage du défunt sur des boucliers) pendues entre les colonnes de la tholos, davantage soulignée ensuite par des motifs, tels que le lierre poussant sur les colonnes, révélateur de la présence de Dionysos ou la couronne de Zeus au centre de la tholos. L’aigle aux ailes ouvertes de Zeus perché sur la couronne, symbole probable du vol vers l’éternité, renforce de plus belle l’apothéose des aïeux.

La chambre M de la villa di Publius Fannius Synistor à Boscoreale renferme également deux exemples de fausses-portes représentant des sanctuaires à tholos (fig. 2 à 3). Tous deux sont situés à l'extrémité des murs latéraux et sont le reflet l’un de l’autre à l’exception de quelques détails mineurs. Ces peintures et d’autres similaires dans la casa del Labirinto sont des exemples typiques d’œuvres qui permettent à l’observateur de regarder dans le sanctuaire tandis qu’elles représentent aussi des motifs  tels que des portails ou des murs hérissés de piques obstruant le passage des spectateurs. Elles font penser aux contes moraux de Pausanias, auteur de la Grèce antique, sur les sanctuaires dont l’intérieur pouvait être observé, mais dont l’accès était proscrit sous peine d’y trouver la mort. Pausanias a davantage empêché toute association terrestre avec les vues observables dans le téménos en nous déclarant que les objets situés en son cœur ne projetaient aucune ombre. Cette affirmation implique que cet espace n’était plus gouverné par les lois de la physique (Pour plus d’information sur les remarques de Pausanias quant aux accès limités aux sanctuaires, voir. Jas Elsner, Art and the Roman Viewer, 1995, p. 345). Dans les peintures de sanctuaires, l’espace derrière n’est pas dépourvu d’ombres mais évoque toutefois une présence éthérée. Picard a fait remarquer que dans ce monde incorporel, « […] “ au-delà du mur ˮ : on y remarque une “dissolution de la formeˮ et un emploi des couleurs quasi surréalistes » (Picard, 1968, p. 56).

Fausses-Portes
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1. Casa del Labirinto – oecus corinthius, peinture murale représentant un tholos avec des imagines clipeatae (boucliers commémoratifs ornés de portraits des ancêtres) situés entre les colonnes ; ainsi que la couronne et le bouclier de Zeus suspendus au centre de la composition (symbole d’apothéose). La renaissance dionysiaque est également illustrée par la vigne, ou le lierre, qui s’enroule autour des colonnes du tholos

2. Villa di P. Fannius Synistor, chambre M, tholos, mur latéral ouest

3. Villa di P. Fannius Synistor, chambre M, tholos, mur latéral est
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