L’eucharistie païenne

Quels que soient la forme et le type de lararium, sanctuaire portatif ou autel, les preuves écrites et matérielles suggèrent qu’il était utilisé comme objet central pour l’eucharistie (fig. 1 à 3). Bien avant que les Chrétiens n’adoptent cette tradition comme acte de culte fondamental, les maisonnées païennes pratiquaient l’eucharistie en tant que rituel journalier pour honorer leurs dieux et leurs ancêtres. En outre, cette pratique, de par son adoption au sein même de la maison, élevait la fonction de l’habitat au-delà de la simple fonction séculière (au sujet des ressemblances entre les rituels païens anciens et les rituels chrétiens ultérieurs, ainsi que, par la suite, du déni du culte païen par les Pères de l’Église qui le tournèrent en dérision, voir Frazer J. G., The Golden Bough. 1971, p. 471). L’Église voyait dans ces ressemblances des imitations diaboliques. James George Frazer, au contraire, a avancé que ces similitudes étaient dues à la nature transcendantale du désir humain (pour plus de détails sur les lararia et leurs emplacements, voir R. A. Tybout , “Domestic shrines and ‘popular painting’: style and social context”, JRA 9, 1996, p. 358).


Les Lares

Le lararium constituait le centre du culte des Lares (Lares), supposés provenir de numina liés à la terre (Lares Rurales). Le culte de ces divinités était censé apporter la prospérité, ces entités spirituelles exerçaient ainsi un pouvoir très puissant au sein des communautés agricoles. Ce culte a continué de prospérer avec la croissance des agglomérations urbaines. Les Lares étaient également liés aux esprits bienveillants d’ancêtres décédés, tout particulièrement des géniteurs mâles (Lares Familiares) (fig. 4).

Honorer et vénérer les Lares dans les sanctuaires domestiques (lararia) assurait non seulement une prospérité durable à la maisonnée, mais aussi une protection contre le mal et l’infortune. Ainsi, leur présence aux côtés d’autres divinités de la maisonnée contribuait largement au concept de la maison en tant que sanctuaire (différentes théories concernant les origines possibles des Lares sont examinées en détail dans Orr D. G., « Roman Domestic Religion: The Evidence of Household Shrines » ANRW II, 16.1, Walter de Gruyter, 1978, p. 1557‑1591). Les Lares Compitales et les Lares Praestites jouaient un rôle semblable envers la ville et ses artères. À Rome, ils étaient vénérés à travers toute la cité, dans des temples et des sanctuaires au bord de la chaussée. En l’an 7 av. J.-C, Auguste a estimé que les Lares Compitales avaient pris suffisamment d’importance pour donner un nouveau souffle aux Compitalia, des festivals qui les honoraient tout au long de l’année. Il s’associa en personne au pouvoir et à la protection de ces divinités en créant les Lares Augustali, les liant par la même occasion à son propre statut religieux et politique.

 

Le Culte de la Maison
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1 Autel représenté sur l’entrée close d’un sanctuaire temenos, peinture murale d’un oecus corinthius, Casa del Labirinto, Pompéi

2 Panier rempli de nourriture, probablement en l’honneur d’Apollon, Villa di Poppea, Oplontis

3 Offrandes de poissons sur une vignette placée devant un trépied apollonien, Casa di Marcus Lucretius Fronto, Pompéi

4 Lares, détail, lararium, Casa dei Vettii, Pompéi
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