L'attrait de l'Italie 


Alors que des peintures, telles que le Tepidarium de Théodore Chassériau, représentaient les fouilles aux alentours de la baie de Naples avec un romantisme croissant, Herculanum et Pompéi sont devenues une étape essentielle du Grand Tour (fig. 1). Naples était le point de départ idéal. Non seulement elle était une des plus grandes villes européennes après Londres et Paris, mais sa baie offrait une vue à couper le souffle sur le Vésuve, le seul volcan actif en Europe.

Les premiers « touristes » étaient principalement des connaisseurs, des artistes, des architectes ou encore des artisans et les récits de leurs expériences ont encouragé les futures générations éprises de tourisme culturel. Ils ont, par la même occasion, créé davantage de filtres conditionnant la perception des vestiges antiques. Les artistes et les spécialistes qui ont réalisé le Grand Tour ont directement contribué à l’introduction du néoclassicisme dans la culture visuelle du nord de l’Europe. Cesare de Seta a dépeint ce groupe hétérogène de voyageurs culturels comme l’« "académie" itinérante la plus grande et la plus libre jamais connue par la civilisation occidentale » (Wilton, Bignamini, Grand Tour : The Lure of Italy in the Eighteenth Century, 1996, p. 13). Des livres savants, tels que Pompeiana : The Topography, Edifices, and Ornaments of Pompeii de William Gell, contenant des illustrations de J.P. Gandy et publié à Londres en 1817, ont fourni la matière pour la création de guides touristiques utilisés par des centaines de voyageurs lors de leur visites sur les sites de fouilles, dans le cadre de leur Grand Tour (fig. 2 et 3). Certains s’y rendaient plus volontiers que d’autres. Dès 1763, Stendhal rapportait avoir vu des centaines de jeunes universitaires anglais défiler à Paris en direction de l’Italie, où ils étaient « obligés » d’étudier les vestiges antiques. La tendance des touristes à romantiser l’histoire culturelle accumulait d’autant plus de faits, de fictions et de mélange des deux sur ces villes en ruines. Les touristes d’aujourd’hui peuvent visiter Pompéi de nuit, « ramenée à la vie » grâce à la magie d’un spectacle son et lumière.

Lorsque Pompéi et Herculanum ont émergé des débris volcaniques laissés par le Vésuve, Rome disposait déjà d’une industrie touristique bien ancrée. Dès 1705, des guides de poche, comme Remarques sur divers endroits d’Italie de Joseph Addison (1672‒1719), encourageaient les lecteurs à venir visiter les vestiges antiques. Les monuments romains encore visibles aujourd’hui et le statut presque mythique de la ville en tant que centre d’un empire autrefois puissant et peuplé d’ « êtres surhumains » étaient particulièrement sujets au discours romantisé des guides touristiques. Après son Grand Tour de 1803 à 1804, l’écrivain français François-René de Chateaubriand (1768‒1848) a décrit les ruines romaines comme étant à la fois glorieuses et poignantes. « Quiconque s’occupe uniquement de l’étude de l’antiquité et des arts, ou quiconque n’a plus de liens dans la vie, doit venir demeurer à Rome. […] La pierre qu’il foulera aux pieds lui parlera, la poussière que le vent élèvera sous ses pas renfermera quelque grandeur humaine. » (Pour de plus amples informations sur la psychologie et la vision romantisation des vestiges, voir Woodward, Christopher, In Ruins, Chatto & Windus, Londres, 2001.)

Tout comme Chateaubriand, la plupart des visiteurs se rendaient à Rome ou à Pompéi en quête d’une vision idyllique, habituellement fondée sur le concept poétique d’un Âge d’or perdu. Une mise en scène de pasteurs s’occupant de leurs ouailles au clair de lune, parmi les ruines d’édifices autrefois imposants, était largement suffisante pour recréer cette vision poétique. Même la durée des visites de ces premiers touristes, longues de six semaines à plusieurs années, à l’opposé des formules modernes, ne pouvait ébranler le charme mythique recherché. Au contraire, ces voyageurs avaient le temps d’aménager leurs itinéraires pour vivre l’expérience désirée.

Pompéi : tourisme et romantisme
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1 Chassériau, Théodore, Tepidarium, « salle où les femmes de Pompéi venaient se reposer et se sécher en sortant du bain »,1853, Musée d’Orsay, Paris.

2 Gell, William, « Temple d’Isis », Illustration 68, Pompeiana: The Topography, Edifices, and Ornaments of Pompeii, 1817.

3 Gell, William, « Le Forum », Illustration 51, Pompeiana: The Topography, Edifices, and Ornaments of Pompeii, 1817.