Les découvertes à Pompéi et à Herculanum n’ont pas seulement exercé une influence majeure sur la peinture ; elles ont également joué un rôle capital dans le développement du décor néoclassique. À bien des égards, l’effet a été encore plus significatif sur les attitudes contemporaines envers la peinture murale romaine antique. Pour ainsi dire, tous les objets conçus à cette époque, depuis la somptueuse demeure jusqu’à la petite cuillère produite en série, étaient fabriqués dans le style néoclassique. Même les nouvelles inventions technologiques, comme la machine à écrire, recevaient des attributs néoclassiques (fig. 1). Les colonies européennes ont elles aussi importé et confectionné des objets de style néoclassique. De manière générale, tous les édifices gouvernementaux ont adopté le style néoclassique, depuis le régime totalitaire à la démocratie en passant par la république et la monarchie. Par conséquent, des villes aussi éloignées que Philadelphie et Sydney, ou encore que Saint Pétersbourg et Shanghai, partagent un langage visuel commun. Néanmoins, l’importance du rôle joué par Pompéi et Herculanum comme inspiration de ce phénomène culturel ne doit pas être surestimée.

À la fin du XVIIIe siècle, des manufactures anglaises, telles que Wedgwood, se sont empressées de satisfaire la demande grandissante pour des objets néoclassiques en tout genre, en produisant en série des artefacts inspirés des peintures murales et des reliefs en stuc de Pompéi, d’Herculanum et de Rome (fig. 2 et 3). Thomas Chippendale a ouvert la voie en matière de mobilier et le marché de la production de masse n’a pas tardé à emboîter le pas. La plupart des premières créations néoclassiques contenaient un mélange indiscriminé de motifs étrusques, romains et grecs. Quant aux noms donnés à ces styles, ils sont aussi des plus trompeurs, car les motifs pompéiens sont qualifiés d’étrusques et vice-versa. James Stuart dit « l’Athénien » (1713‒1788), qui a visité Pompéi en 1754, fut l’un des premiers à créer des intérieurs selon des sources « classiques ». Ses créations hybrides procédaient avant tout d’artefacts étrusques, grecs et pompéiens, qu’il a ensuite librement imprégnés de motifs tirés des peintures murales décoratives de style romain réalisées par Raphaël pour le Vatican. Les créations de Stuart pour la Spencer House de Londres en 1759 sont généralement considérées comme les premières dans leur genre à voir le jour dans le Nord de l’Europe (fig. 4).

Alors que le nombre croissant de peintures murales pompéiennes influençait le style néoclassique émergent, Pompéi s’est vue associée sans réserve aux intérieurs néoclassiques. À la même époque, des architectes britanniques dont Robert Adam (1728‒1792), suivi par Sir John Soane (1753‒1837), ont emprunté des motifs aux sites nouvellement mis au jour en Campanie pour adoucir « l’austérité classique » associée au palladianisme, le style architectural dominant à cette époque. Par la même occasion, ils ont accéléré involontairement le processus de dissociation entre les peintures pompéiennes domestiques et leur signification païenne, ainsi que leur transition vers un style décoratif d’intérieur (fig. 6 et 7). L’un des décors d’intérieur pompéiens les plus complets jamais créés a été réalisé par Joseph Bonomi (1739‒1808) en 1782, pour le Comte d’Aylesford au manoir de Packington Hall, dans le Warwickshire.

 

La « Néoclassicisation » de Pompéi
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Wedgewood 2
James Athenian Stuart 4
Roman stucco 3
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1. Machine à écrire de style néoclassique ornée de colonnes gréco-romaines, fin 1800

2. Porcelaine dite Jasper, Wedgwood, à partir de 1775, inspirée de vases romains et de décors en stuc, c. 50 av. J.-C. – 100 apr. J.-C.

3. Décor en stuc, Casa dei Grifi, mont Palatin, Rome, c. 80 av. J.-C.

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