Les très grandes peintures murales du style architectural, agencées sur les quatre murs d’une pièce, créaient des réalités virtuelles qui auraient bien pu encourager, avant même l’invention du cinéma, « une suspension consentie de l’incrédulité » en faveur d’une expérience proche de la mise en scène théâtrale. Les masques mortuaires concrets ou peints et les rituels associés, tels que les processions funéraires nocturnes à la lumière vacillante des flambeaux, auraient insufflé une dimension théâtrale supplémentaire, davantage accentuée par la multitude de représentations de masques semblables aux accessoires de théâtre, placés à des points d’intersection, comme si ces objets possédaient une fonction apotropaïque, telle que la protection contre le « mauvais œil » (fig.1).

L’abondance des thèmes religieux et mythologiques dépeints dans la maison aurait suscité une gamme complexe d’émotions, allant de la dévotion au désir sexuel, en passant par la piété filiale. Le facteur déclencheur de ces émotions était l’utilisation à profusion des peintures murales et des structures architecturales telles que les lalaria. Cette combinaison incitait les résidents et les visiteurs à interagir avec la substance de la maison en tant qu’espace à la fois physique et métaphysique, précisément le type d’espace assimilé, parfois, au théâtre (fig.2).

Les vestiges de nombreux théâtres en pierre gréco-romains ou tout simplement romains, retrouvés à travers l’Empire romain, sont des témoignages du grand rôle civique et social joué par le théâtre. Malgré l’apparition ultérieure des théâtres romains en pierre par rapport aux peintures murales du deuxième style, empêchant ainsi ces édifices de servir de modèles visuels, des théâtres grecs en pierre étaient déjà bâtis dans la région du Magna Graecia, où de nombreux vestiges de peintures murales ont été retrouvés par les archéologues. Dans ces théâtres, la façade temporaire ou permanente de la scène, connue de nos jours sous le nom de scaenae frons, est souvent citée comme une source d’influence dans le contexte du développement des peintures murales domestiques (fig.3).

 

La Maison en tant que théâtre
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1 Salle des masques - Casa di Augusto, Palatin, Rome. Des masques comme ceux représentés dans cette peinture murale peuvent très bien avoir été placés à des points d’intersection architecturaux ou dans des entrées jouant ainsi un rôle apotropaïque